

Siri
Messagère
Ses plus anciens souvenirs remontent à ses 3 ans. Sachant à peine marcher, Siri accompagnait son père pour la première fois sur son Va’a-tele, une sorte de petit catamaran pouvant accueillir 4 ou 5 personnes et un cargo léger à intermédiaire. Elle se souvient du vent, des embruns, de la mine soucieuse de son père lorsqu’il devait la déloger de la poupe à chaque fois qu’il détournait le regard ; elle vit ce jour là son premier calamar volant, gigantesque, la peau blanche striée de lignes bleues luminescentes. Elle se souvient de l’immensité de l’océan qui allait jusqu’à l’horizon et revenait dans ce que les adultes appelaient le ciel comme un gigantesque rouleau. C’était d’ailleurs là-haut que les baleines-dragons nageaient au milieu des perles que l’on nommait étoiles.
Puis c’était ses 10 ans. A l’école, elle apprenait les arts primaires comme le calcul et l’écriture, le dessin et la danse traditionnelle. Dès qu’elle pouvait, elle partait avec son père sur l’eau ou s’amusait avec ses amis dans des compétitions de canoe. Cette année là, son père, connaissant l’attrait de sa fille pour la navigation, négocia avec un collègue pilote un baptème d’ornithoptère. Vitesse, liberté, le grondement des pales transformèrent cette expérience en une épiphanie, une débauche de sensations qu’elle n’oublierait jamais. Elle rencontra également Firenzio, ce jour là. Fils du pilote et passionné d’ornithoptère, ils firent la pair pendant et après le vol. Jouant dans le hangar, Firenzio lui expliquait les différentes parties d’un ornithoptère. Il devint son meilleur ami, et un technicien hors pair qui allait devenir plus tard responsable de l’atelier vicomtal du transport, il s’occuperait de la maintenance et de la performance de tout transport que le vicomte pouvait emprunter. Et serait reçu comme un membre de la famille dans la maisonnée de Siri (il lui donnera également un coup de main sur ses appareils et sera témoin à chacun des mariages de Siri et inversement).
14 ans. Elle eut sa première cérémonie de fiançailles. Le jeune élu avait son âge et s’appelait Elio ; c’était le fils d’un forgeron employé dans l’industrie d’ornithoptère. Il était gentil, posé, pas spécialement beau, mais diablement musclé. Au fil des ans, elle apprit à se reposer sur lui. C’est son opposé et c’est vers lui qu’elle va lorsque qu’elle se sent désorientée. N’ayant pas suffisamment d’argent, elle travailla avec son père lorsqu’elle n’était pas à l’école pour apporter le complément à ses accessoires de fiançailles. Sa mère lui donna le Nath de son arrière grand-mère, la boucle de nez large mais pas trop imposante et une chaine d’or et de perle qu’elle ajouterait à sa coiffe lors de son mariage et des occasions publiques.
17 ans. Le plus beau jour de sa vie (enfin, ce n’est pas ce qu’elle dit à ses maris), elle est reçue à l’école de pilotage des Messagers. Située à la capitale sur l’île principale, elle y passera ses 5 prochaines années. Siri y choisit une spécialisation en vol atmosphérique, ce qui se résumait pour l’essentiel à l’ornithoptère. Elle continua bien sûr la navigation et fit parti du club de va’a-tele où elle fut sacrée championne de l’académie, ce qui lui permit de concourir avec les plus grands lors des championnats inter-maisons de Panypso. Elle réussit à rester jusqu’en demi-finale où elle réussit à battre le record de la Maison Haiden, mais pas son adversaire de la Maison Roden, Hamir Rezdan, vainqueur cette année-là du championnat et ami sincère depuis lors.
À 22 ans, elle obtint son diplôme de Messagère avec une mention d’excellence. La même année, elle se maria et s’installa sur les hauteurs d’une des petites îles entre le lieu d’assemblage des ornithoptères ( où travaillait Elio) et son centre de départ. durant les 4 années suivantes, elle confirma son diplôme en travaillant d’arrache-pied pour gagner ses galons sur le terrain.
3 ans après l’obtention de son diplôme, elle se distingua lors de la livraison d’un colis urgent pour une rencontre diplomatique entre les Maisons Roden et Haiden. Le temps n’était pas au rendez-vous et l’heure de la livraison devait être garantie. Or, la durée de livraison était déjà difficilement atteignable par temps clair et la tempête qui se préparait ne présageait rien de bon. Elle partie avec l’ornithoptère le plus rapide de la flotte et mit les gaz durant presque tout le trajet, rasant les vagues régulièrement pour refroidir les chambres à combustion, elle reçut d’ailleurs le surnom de « Mâlolo » – poisson volant. Lorsque le réservoir fut vide, elle arrivait seulement au premier archipel de la Maison Roden. Elle y posa son ornithoptère et constata qu’il n’y avait que des bateaux… après quelques minutes de panique, elle supplia un des pêcheurs de lui prêter son voilier de pêche avec en garantie les clefs de son ornithoptère. En l’espace de 3 heures, elle faillit mourir par noyade, s’échouer par 4 fois sur des brisants et se faire tuer par la bôme de la voile qui, au milieu de la tempête, fut violemment arrachée à son écoute et frappa le front de la jeune femme. Elle réussit à livrer le paquetage à la dernière minute avant de s’évanouir dans un couloir. Les relations entre Roden et Haiden connurent un rapprochement significatif depuis.
Le jour de ses 26 ans, elle fut consacrée Messagère Spéciale. Avec des missions plus longues, plus hauts placées, parfois sur Ix, ou dans les autres maisons de sa lune. La valeur des colis augmentait également allant d’une caisse à un simple pli. Elle apprit des techniques de langage pour délivrer un message oral au milieu d’une soirée mondaine où notable et espions étaient à l’affut de la moindre parole. Ce fut également cette année-là qu’Elio lui présenta Amanda Silao, une électronicienne dont il s’était un poil entiché. Elle apprit alors à connaître Amanda pendant une année entière pour donner son assentiment pour qu’Amanda rejoigne le foyer. Le mariage se fit au printemps et un nouvel équilibre s’instaura.
L’année de ses 27 ans fut dure. En mission sur la seconde Lune d’Ix, Perisseia, un satellite forestier riche en espèces végétales et animales, Siri dû faire passer un message à l’ambassadeur de la Maison Haiden au milieu de la réception du Comte Feng pour son 150ème anniversaire. Le voyage fut décevant, Le pilote n’avait pas voulu lui laisser essayer les commandes….après la 4ème demande, il lui ferma la porte de la salle de pilotage. Elle en profita pour relire ses notes sur les différends participants et les informations qu’elle avait pu obtenir de l’association des anciens élèves de l’Institut des sciences politiques impériales (InSPI) afin de transmettre son message dans une totale discrétion même au milieu d’une salle bondée.
Arrivée sur place, habillée d’un élégant sari et d’une parure de bijoux relevant juste ce qu’il faut ses traits et sa longue natte pour faire partie des invités sans ostentation, Siri se mêla à la foule et entra dans la salle de bal titanesque décorée avec le luxe et le bon goût d’une famille dont la puissance se rapproche d’une maison majeure. Elle se mit de suite à la recherche de sa cible et la repéra une vingtaine de minutes plus tard alors qu’elle prenait une pause sur le balcon supérieur surplombant le centre des réjouissances. Elle était dans les temps. C’est alors que l’aborda un homme qu’elle reconnue vaguement, croisé dans un événement officiel… mais sa mémoire lui joua des tours. Il se nommait Dejay Souk et au moment où elle se souvint de lui, penché sur elle lorsqu’elle s’était évanouie dans la Maison Roden, 2 ans auparavant, il lui proposa une danse. Le cavalier étant charmant et la danse opportune pour rejoindre sa cible, elle accepta, cachant qu’elle l’avait reconnue. Elle évolua avec plus ou moins de grâce sur la piste, évitant les grosses erreurs plus qu’autre chose quand elle fit exprès de perdre sa chaussure lorsqu’ils passèrent à proximité de l’émissaire de sa maison. Galant, Dejay lui offrit de lui remettre alors que l’Emissaire lui offrit son bras en gentleman pour assurer son équilibre. Le message subtilement délivré, elle repartie avec Dejay qui lui fit clairement la cour, ce à quoi, elle ne fut pas insensible. Au moment où ils allaient échanger un baiser, une explosion pulvérisa la moitié de la salle. Elle vit Dejay se précipiter vers elle pour la couvrir en partie de son corps mais elle fut tout de même projetée à plusieurs mètres, ses côtes et son flanc gauche explosant de douleur. Dans le brouillard de poussière et de fumée, le sifflement de ses tympans percés, elle eut une impression de déjà-vu. Dejay la portant hors de la salle, la tête ensanglantée, une partie de ses cheveux avaient brûlés. Elle aperçue également l’Emissaire qui aidait à s’occuper des blessés avec ses clients, probablement des membres de la maison Feng, puis elle sombra dans l’inconscience.
Son réveil se fit dans une chambre d’hôpital blanche, la fenêtre entrouverte laissa passer une brise chargée d’iode et de l’odeur caractéristique de la forêt tropicale de son archipel. Elle était à la maison, examinant la chambre, elle vit enfin que Elio dormait dans un fauteuil et que Dejay s’était endormi assit sur le bord de la fenêtre, la tête posée contre le carreau. Discrètement, elle toucha la main d’Elio qui reposait sur le lit à côté de la sienne. Son mari ouvrit les yeux en sursaut et, rassuré, l’embrassa délicatement. Toujours chuchotant pour ne pas réveiller le diplomate de la Maison Roden, il lui dit qu’elle avait été transpercée par trois éclats de métal lors de l’explosion. Dejay l’avait porté jusqu’à son vaisseau diplomatique équipé d’une salle de soin avancée et du médecin qui va avec. Sa promptitude lui avait sauvée la vie. Il était venu en personne le chercher dès leur arrivée et ils avaient beaucoup parlés en attendant son réveil. Il donnerait son assentiment pour la période de découverte si d’aventure les sentiments du Rodenois étaient partagés. Il lui dit d’un air amusé qu’il semble que le pauvre homme ait eu le coup de foudre lorsqu’elle lui serait tombée dans les bras la première fois sur Roden.
1an plus tard, Siri célébra son second mariage, plus international, puisqu’avec un diplomate de la Maison Roden, les deux maisons ayant données leur accord.
